Fouiller dans le passé. Construire l’avenir.

L’archéologie encourage le tourisme expérientiel à Blanc-Sablon

Si la terre pouvait parler, ô, ce qu’elle pourrait nous raconter! Sur la Basse-Côte-Nord au Québec, des têtes de flèches, des éclats, des os et une terre foncée et grasse révèlent l’histoire de différents peuples autochtones bien avant le premier contact avec les Européens.

Au moins 8 200 ans d’histoire sont enfouis à Blanc-Sablon situé, par traversier, à grande proximité des côtes du Labrador. C’est sur cette terre que les ancêtres des Beothuk, des Innus, des Français, des Anglais et des Basques ont parcouru les rivières et le littoral entre Pakua Shipi, la rivière Saint-Paul et Blanc-Sablon dans le but de faire du commerce, d’y passer la saison ou d’obtenir de l’aide des communautés avoisinantes. Les voies maritimes constituaient leurs autoroutes et elles le sont encore de nos jours.

L’archéologue François Guindon, le fondateur d’Archéo-Mamu Côte-Nord (un organisme de conseil sans but lucratif), collabore avec la collectivité pour définir cette possibilité et protéger sa riche histoire. Le nom et la mission d’Archéo-Mamu Côte-Nord tirent leurs origines du mot « archéologie » et du mot innu « mamu » (il se prononce « mamo ») qui signifie « ensemble ».

Archéo-Mamu collabore avec des partenaires, dont la CEDEC et la communauté d’affaires de l’endroit, pour lancer un produit touristique à la fois unique et complet : Aventure archéologique à Blanc-Sablon. Depuis juin 2017, les visiteurs d’ici et d’ailleurs s’inscrivent afin de s’éduquer et de faire de l’archéologie ensemble sur les rives balayées par le vent de la Rivière de Blanc-Sablon.

Une image vaut mille mots et les photographies des trouvailles effectuées sur le site de Blanc-Sablon au cours des fouilles réalisées en juillet dernier en disent long. Elles révèlent des assistants de tout âge et de niveau d’expérience divers des fouilles, avec soins, pendant les glaciers, en arrière-plan, tentent d’attirer l’attention.
Emillie, une Innue de Sept-Îles, a participé à la découverte de l’histoire de la vie des siècles passés.
Deux jeunes garçons de la communauté ont passé une journée de leurs vacances à fouiller avec soin pour trouver des trésors du passé et découvrir ce que leur avenir pourrait comporter.
Gabrielle Obcena, une étudiante en anthropologie de la Californie et enthousiaste envers l’étude de l’archéologie, s’est rendue sur la côte pour acquérir une expérience pratique.

Grâce à un effort collectif de la communauté, l’Aventure archéologique à Blanc-Sablon a atteint son objectif qui consistait à trouver les premiers clients qui profiteraient de cette offre de tourisme expérientiel. « Le projet, au cours de sa première saison estivale, a surpassé son objectif qui consistait à consigner des réservations pour 5 semaines », affirme monsieur Guindon, qui planifie déjà l’aventure de l’année prochaine.

Habiliter les communautés à gérer l’exploitation du patrimoine archéologique et de leur histoire commune

Tout comme la découverte et la protection de têtes de flèche trouvées dans la terre requièrent de la préparation et des soins, un travail considérable a été effectué quant au développement touristique des communautés de la Basse-Côte-Nord.

Depuis 2010, la CEDEC mobilise des citoyens et des intervenants importants afin de créer un réseau de partenaires qui soutient l’élaboration de projets comme Archéo-Mamu. Des années de sensibilisation, de planification, de renforcement des capacités et de recherche de professionnels et de financement afin de préciser un projet et le commercialiser ont précédé la possibilité de courtiser les touristes de la région au cours de cet été.

Des membres des communautés innues de la Côte-Nord occupent trois des cinq sièges du conseil d’administration d’Archéo-Mamu Côte-Nord. L’organisme couvre le territoire du Québec et du Labrador et il se charge de mandats de ministères provinciaux et fédéraux et de diverses agences, ce qui aide à soutenir le travail réalisé dans les municipalités et les communautés.

« Non seulement les partenaires des Premières Nations ont participé à la consultation, ils font également partie de l’équipe de gestion de l’organisme. Ils prennent des décisions et élaborent des projets », explique monsieur Guindon. « Cela porte des fruits », dit-il au sujet de son équipe dans cette aventure d’entreprise à vocation sociale. « Ils élaborent une vision de gestion. »

Cette vision, explique-t-il, consiste aussi à mener à une meilleure compréhension des lois québécoises touchant les sites patrimoniaux et le manque de protection de ceux qui restent à découvrir.

Archéo-Mamu Côte-Nord prend son rôle à cœur lorsqu’il s’agit d’éduquer la communauté; elle parcourt les écoles situées tout au long de la côte pour diffuser son récit et montrer les plus récents artéfacts trouvés dans la région.

Tracer de nouvelles voies

En plus de lancer Aventure archéologique à Blanc-Sablon cet été, monsieur Guindon et son équipe ont arpenté es terrains afin de préserver l’intégrité des sites archéologiques pendant que la Municipalité de Blanc-Sablon crée davantage de sentiers pédestres et de signalisation sur l’Île-au-Bois.

Restez à l’affût pour de palpitantes nouvelles sur cette offre de tourisme expérientiel avant le début de la nouvelle saison.