L’automatisation et l’avenir de l’emploi chez les autochtones

21 septembre 2018 | Main-d'œuvre

Une façon de se préparer aux changements futurs

Dans cette ère d’innovation, il existe beaucoup d’incertitude au sein de la main-d’œuvre canadienne.

Selon un rapport publié par la Brookfield Institute for Innovation + Entrepreneurship, plus de 40 pour cent de la main-d’œuvre canadienne fait face à un grand risque d’être remplacé par la technologie et les ordinateurs au cours des deux prochaines décennies.1

Toutefois, ce n’est pas la première fois que le Canada vit un changement au sein d’une industrie. Au début des années 2000, les emplois manufacturiers, autrefois le moteur d’économies comme celle de l’Ontario, se sont mis à disparaître.

Sans emploi et sans alternative       

À Hawkesbury, les mécaniciens-monteurs se sont soudainement retrouvés sans emploi quand la principale usine de leur employeur a fermé ses portes. Possédant des années d’expérience pratique, mais dépourvus de scolarité dans le domaine, plusieurs de ces travailleurs licenciés ont postulé d’autres postes dans d’autres usines, mais ils se sont vus éconduits. Ces travailleurs étaient des francophones en situation minoritaire, la plupart ne détenaient pas de diplômes d’études secondaires et plusieurs peinaient à satisfaire les critères élémentaires de l’alphabétisation. La perte de leur emploi a été un événement désastreux, mais le plus problématique demeurait leur réinsertion dans la population active.

Alors, pourquoi ne pas simplement retourner à l’école ? Les mécaniciens-monteurs d’Hawkesbury se sont rendu compte que ce n’était pas si simple que ça. Pour être admis aux programmes d’études offerts à leur centre régional de formation professionnelle, ils avaient besoin d’un diplôme d’études secondaires. Pour s’inscrire à l’éducation des adultes pour terminer leurs études secondaires, ils devraient améliorer leur niveau d’alphabétisation.

Du jour au lendemain, ces mécaniciens-monteurs sont passés de salariés à étudiants involontaires qui devaient passer quatre ans à étudier avant de pouvoir commencer à espérer une réinsertion dans la population active. Pour la plupart d’entre eux, renoncer à un salaire pour une si longue période n’était pas un choix possible.

Plus en commun que vous ne l’imaginez

Qu’ont en commun un groupe de mécaniciens-monteurs franco-ontariens et des autochtones?

Selon Statistique Canada, en 2011, 31 % des autochtones (dont 47 % vivaient sur une réserve et 21 % de la population autochtone vivant à l’extérieur d’une réserve et âgés de 25 à 64 ans n’avaient ni certificat, ni diplôme, ni grade. La population autochtone est plus susceptible que la population allochtone de travailler dans des métiers ou des industries connexes, y compris le transport et les opérateurs d’équipement (20,1 % contre 14,8 %).

Si ces statistiques ne rendent pas le lien assez clair, la Brookfield Institute affirme que les employés les plus susceptibles de subir les répercussions de l’automatisation dans les 10-20 prochaines années sont typiquement ceux qui sont les moins scolarisés et dont la rémunération est moins élevée que celle du reste de la main-d’œuvre canadienne. Particulièrement, les travailleurs qui occupent un emploi relié au commerce de détail, au transport, à la restauration et les adjoints administratifs connaîtront une plus grande probabilité (70 % et plus) d’être affecté par une plus grande automatisation. Cela signifie que plusieurs autochtones feront face à un destin similaire à celui des mécaniciens-monteurs franco-ontariens dans très peu de temps.

Les spéculations vont bon train au sujet des façons de gérer ces changements qui se profilent à l’horizon, et beaucoup de crainte aussi. C’est bien normal puisque personne ne sait à quoi il faut s’attendre. Il existe toutefois des solutions.

Des solutions collaboratives qui pourraient être utilisées au Québec

La communauté de Hawkesbury a reconnu qu’elle devait faire preuve de créativité afin de survivre à la fermeture de l’usine. Alors elle s’est rassemblée et, avec l’aide du Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC), elle a travaillé à la création d’un modèle d’éducation intégrée.   L’objectif consistait à encourager une réinsertion rapide des anciens mécaniciens-monteurs dans le marché du travail de la région en les aidant à acquérir et à développer les compétences de base et les compétences techniques et spécialisées dont ils avaient besoin. Des partenaires du milieu se sont réunis avec des employeurs de la région pour examiner quelles étaient les compétences en demande, les compétences déjà acquises des mécaniciens-monteurs et la façon de concevoir de la formation pour combler les écarts.

Au Québec, nous avons une brillante possibilité : avec 10 pour cent de la population autochtone du Canada, nous avons de nombreux travailleurs pour lesquels nous savons qu’ils connaîtront un déplacement dans certaines industries et nous avons aussi une industrie qui a désespérément besoin de personnel.

Transformer une perte en une possibilité

Comme des changements se produisent dans l’économie, il peut parfois être plus facile de se concentrer sur les emplois qui seront perdus et négliger les possibilités qui s’ouvriront. Par exemple, le tourisme devrait connaître une croissance considérable dans les prochaines années et il anticipe une pénurie de main-d’œuvre. Le rapport de l’Institut canadien de recherche sur le tourisme intitulé « Résultat essentiel : les problèmes de main-d’œuvre menacent la croissance du tourisme » en présente les grandes lignes. Quelque 240 000 emplois possibles dans l’industrie du tourisme pourraient, entre 2010 et 2035, demeurer vacants.

L’évolution démographique (le segment des 18-25 ans représente une portion considérable de la main-d’œuvre) 4 et la décroissance de la population du Canada créent des lacunes au sein de la main-d’œuvre dans quelques régions du Québec qui, elles, peinent à pourvoir les postes dans des destinations touristiques achalandées.

Au Québec, nous avons une brillante possibilité : avec 10 pour cent de la population autochtone du Canada, nous avons de nombreux travailleurs pour lesquels nous savons qu’ils connaîtront un déplacement dans certaines industries et nous avons aussi une industrie qui a désespérément besoin de personnel.

La CEDEC, avec l’appui du Bureau de l’alphabétisation et des compétences essentielles, réalise un projet pilote utilisant le modèle de formation intégrée dans deux communautés autochtones, l’une située au nord-ouest du Québec et l’autre, en Gaspésie. La première étape consiste à concevoir un programme d’études fusionné avec des partenaires, y compris des groupes de développement économique communautaire, des spécialistes de l’éducation et des propriétaires d’entreprises touristiques. Ce groupe diversifié s’engage à améliorer les résultats sur le plan de l’emploi chez leurs concitoyens et de présenter la beauté naturelle de leur communauté.

Développer ce type de formation s’avère une tâche complexe qui exige une très bonne compréhension des possibilités de la région, la capacité à déterminer ce qui convient le mieux en matière de formation et à l’adapter à la formation pour un résultat optimal et une communication ininterrompue avec toutes les parties concernées. Au Québec, le fait de mener le projet dans les deux langues officielles ajoute au niveau de complexité.

Ce modèle sera mis à l’essai dans un contexte québécois pour déterminer s’il éliminera les obstacles à l’éducation et à l’emploi auxquels font face plusieurs travailleurs déplacés. Toutefois, pour les communautés autochtones ou autres, des changements surviendront au sein du marché du travail canadien et nous devons travailler de concert afin de trouver des solutions collectives qui fonctionnent pour tout le monde.